Arrêter, pour mieux redémarrer.

Bonjour à tous,

C’est un article un peu spécial que j’écris aujourd’hui, sans images, mais important pour moi.

Si vous me suivez sur Facebook, Instagram ou Twitter, vous aurez remarqué que j’ai laissé de côté ces derniers temps mes illustrations « type blog », aux formes simples et contours noirs, et plus particulièrement mes illustrations de portage.
Si vous m’avez contactée récemment pour que je vous fasse votre portrait de famille, vous avez eu une réponse négative de ma part.

Vous vous êtes demandés pourquoi, parfois avec violence et indignation (non, Madame, ce n’est pas par élitisme que j’ai décidé de ne plus travailler pour des particuliers, bien que ce soit visiblement difficile à comprendre).

Alors je me devais d’expliquer les raisons de ma nouvelle orientation professionnelle.

Lorsque j’ai débuté ma carrière d’illustratrice, je voulais illustrer des livres pour enfants, des sites jeunesse, et, sur mon temps libre, faire mes artworks plus darks, plus personnels.
J’étais en pleine recherche graphique (et encore maintenant, mais j’ai des années de recul à présent), j’allais avoir un enfant, je ne décollais pas et avais un réel besoin financier. J’ai donc glissé peu à peu vers un milieu que je pensais pas si éloigné de l’illustration jeunesse : celui du maternage.
Portage, allaitement, vie quotidienne avec un bébé, c’était facile, c’était ça ma vie, j’allais pouvoir me faire connaître.
Ce qui s’est effectivement passé, tout doucement, à travers mes blogs, mes pages Facebook, je me suis petit à petit fait un (petit) nom. J’ai évolué, je suis passée de mes bonhommes bâtons inexpressifs aux énormes têtes rondes et yeux exorbités à quelque chose de plus réaliste, j’ai amélioré mes traits, ma vision anatomique, mes techniques de colorisation.
Chaque illustration était un nouveau test, et un pas de plus vers quelque chose de stable, d’efficace, d’original.

Mais ce que je ne savais pas, c’était que ce milieu, de blogueuses, de mamans, de défenseurs des bons principes, n’était pas aussi pur qu’il me semblait être. Bien sûr, je savais bien qu’existaient les gué-guerres entre les blogueuses, et justement j’avais décidé de ne pas y prendre part, simplement d’essayer de faire uniquement ce qui me plaisait, à moi. C’était essentiellement des illustrations de portage, car c’était ce que je maîtrisais le mieux, qu’on m’avait fait confiance professionnellement (SurMonVentre, Zoli, JPMBB… pour ne citer qu’eux).
Derrière, des personnes peu consciencieuses observaient mes illustrations d’un autre oeil.
Et petit à petit, j’ai vu émerger chez d’autres des éléments étrangement similaires à ceux issus de mon travail, qui suivaient la ligne de mon évolution.
Je ne cherche pas à polémiquer, ou à créer un lynchage, aussi je ne dévoilerai aucun nom, aucune image, aucun lien (et modifierai/supprimerai les commentaires tendancieux, je ne veux pas de scandale ici). Cette personne a été contactée, a nié, c’est une affaire qui restera entre nous. Pourquoi? Parce que c’est « la loi du plus fort » : quelqu’un de peu connu ne peut, même avec des preuves visuelles à l’appui, rivaliser avec un plagieur sans scrupules qui, par on ne sait quel tour de force, s’est retrouvé « célèbre ».  La notoriété autoriserait donc les gens à se servir dans le travail des autres, sans que ces derniers aient leur mot à dire. C’est le retour de flamme de l’exposition sur Internet : certains se servent sur la toile comme dans le frigo de leurs parents, et viendront même presque vous dire que c’est de votre faute s’ils vous ont plagié.

Cette histoire m’a démolie.
J’avais travaillé presque 3 ans d’arrache-pied à me construire une identité visuelle et à essayer de m’ancrer dans ce milieu, à démarcher, à essuyer des refus de toutes sortes, essentiellement basés sur l’argument infaillible : « c’est trop cher », ou, mon préféré : « on ne va pas payer pour un dessin, non mais! ».
Et tout cela pour quoi? Pour que quelqu’un passe systématiquement derrière mes efforts et fasse son petit marché dans les résultats de mon travail?

Cette histoire m’a ouvert les yeux.
J’ai réalisé qu’après tout, si ce n’était pas cette personne, cela en aurait été une autre. Qui, sous couvert des mêmes arguments (« tu n’as rien inventé », « c’est le même milieu, c’est normal que ça se ressemble »), viendrait se servir librement, alors que je galèrerai toujours autant.
J’ai également réalisé que si je continuais à poursuivre ce type de clientèle, j’essuierai toujours les mêmes refus concernant les tarifs.
Pourquoi? Parce que trop d’illustrateurs (bon, essentiellement des nanas) pratiquent le low-cost. J’en ai fait partie, moi aussi, j’ai fait cette erreur. Essayer de me vendre à bas prix, « parce que même une petite somme, c’est toujours ça sur le compte en banque! », et que « de toute façon, avec un tarif normal personne ne veut m’acheter mes dessins, alors je vais baisser les prix ».
Au final, même un portrait à 10e qui me prenait plus de 4h à réaliser était encore considéré comme trop cher. Oui, oui, même à 2,5e de l’heure, je n’arrivais pas à être suffisamment attractive. Alors que d’autres pratiquaient des tarifs bien plus élevés, pour, au vu de l’identité graphique, certainement bien moins de temps de travail, et ne cessaient de publier des résultats de commandes.
J’ai essayé de comprendre, j’ai râlé, j’ai été découragée, je les ai maudis : mais pourquoi eux, et pas moi?

Et c’est là, que j’ai compris.
Que mon style, que MES styles, ne convenaient pas à ce public.
Que je n’étais pas faite pour les dessins de maman, pour les portraits de famille.
Après tout, j’avais choisi ce milieu par facilité, mais pas réellement par choix ou par goût. Je m’étais convaincue que c’était ce qu’il me fallait, mais j’avais enfilé mes oeillères et m’étais baignée d’illusions.
J’ai compris qu’il était temps de changer, d’arrêter de m’acharner à me développer dans un milieu où je ne serai jamais à ma place.
J’ai choisi de limiter donc ce type de réalisations à mon propre blog et à mes clients professionnels. Pour pouvoir, sur mon temps « libre » (entre deux prestations client), me consacrer à développer mes techniques plus personnelles, mes couleurs, mes pastels, mes graphites.
Me consacrer à nouveau à mes illustrations pas vraiment mignonnes, et à mes projets de livres pour enfants.
Ne plus les laisser de côté sous prétexte qu’elles ne me rapporteront rien, et qu’il faut que je privilégie mon activité principale.
J’ai passé tellement de temps à essayer de travailler, de me faire connaître, pour si peu de retours (financiers ou publicitaires), qu’honnêtement, arrêter les prestations pour les particuliers ne changera quasiment rien.
Autant que je consacre ce temps et cette énergie à me développer moi-même, plutôt que l’image que j’aurai souhaité avoir.

Je suis bien consciente que ce changement ne plaira certainement pas à mon public actuel, touché essentiellement par mes dessins plus abordables, mes portraits de famille et mes illustrations de portage.
A vous qui serez déçus et arrêterez de me suivre, sachez que je suis désolée. Désolée de ne pas être celle que vous pensiez apprécier, désolée de changer de milieu et d’univers.
Je ne veux plus me demander à chaque illustration postée quels éléments seront intégrés dans les dessins d’autres personnes 2 semaines après.
Je ne suis plus à l’aise dans ce milieu pourtant censé être bienveillant. Je n’ai jamais été et ne serai jamais à ma place de ce côté-là.

A tous ceux qui m’ont un jour passé commande pour vos portraits de famille, j’espère que vous ne prendrez pas mal cet article. Je ne vous dénigre pas, au contraire, ce serait insensé de cracher sur le peu de personnes qui m’ont donné du travail à un moment donné.

Je refuse à présent de pratiquer le low-cost, car cela tue mon métier. Tirer les tarifs vers le bas, c’est non seulement ne pas avoir de revenus décents, mais c’est également mettre des bâtons dans les roues à tous les illustrateurs qui auront la pression de « s’aligner » sur des tarifs dérisoires.
J’ai honte de l’avoir pratiqué, avant d’avoir conscience de ce que cela impliquait réellement.
Je choisis à présent ne pas travailler pour 3€/h , et passer ce temps à améliorer mes techniques de travail, à rechercher, à avancer.
Ne plus stagner, aller de l’avant.

A force de trop tirer sur la corde, elle a cassé, et m’a permis de sortir du confinement dans lequel je m’étais moi-même placée.

A tous ceux qui arrêteront de me suivre : merci de m’avoir accompagnée jusqu’à présent.
Et à ceux qui resteront, par curiosité, par goût, par soutien : see you soon!

 

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20 réflexions sur “Arrêter, pour mieux redémarrer.

  1. Pourquoi serions nous en colère ou déçus? Je garde ce dessin que vous avez pris le temps de faire, et refaire, c’est un privilège de l’avoir, j’en suis fière.
    Et je suis heureuse de de ce nouveau chemin que vous prenez, pour être vous pleinement, entièrement et faire ce que vous aimez réellement.
    Vous en vouloir de quoi que ce soit serait complètement abhérent…
    Je vous souhaite de trouver votre chemin artistique et continuerais de vous suivre pour voir comment vos traits évolueront:-)
    Et je vous dis à nouveau merci pour le travail que avez fait^^

    • Merci ;)

      J’ai un peu peur que les personnes qui m’ont passé commande à un moment donné se disent en lisant ça que j’ai fait ça à contrecoeur, voire que je les méprisais ou que j’avais fait ça à la va-vite, or ce n’est pas le cas, j’ai vraiment donné mon maximum dans toutes mes prestations ;)

  2. Bonjour,
    Je commente très rarement mais là, j’ai envie :)
    Je suis désolée d’apprendre pour tout ce qui s’est passé de négatif (le vol, les critiques, etc.) Les gens ne sont pas toujours bienveillant et encore moins quand ils peuvent se cacher derrière un pc…
    Mais surtout je voulais vous dire félicitation pour le changement! C’est très courageux de sortir de ses habitudes. D’après ce que je comprends c’est pour mieux vous retrouver et évoluer.
    J’espère que le sucés sera très bientôt au rendez vous :)
    Bon courage et bonne continuation

  3. J’ai tout lu et je trouve que ta décision à dut être plutôt compliqué à prendre et je te trouve très courageuse !
    Bonne continuation à toi ! Et envoi moi les adresses des gens qui pensent qu’un portrait à 10€ c’est cher, que j’aille leur mettre un coup de pied au fesse ! Nan mais !

    • Je ne pense pas que ce soit du courage, j’étais au pied du mur. Si je ne changeais pas d’orientation, je continuerai à être dans ce cercle vicieux.
      C’était soit ça, soit changer carrément de métier (je n’en suis pas à l’abri, mais pour l’instant je peux me permettre de tenter une nouvelle fois de continuer l’illustration).

      Je suis contente pour toi (sincèrement!) que tu t’indignes des réactions par rapport à ces tarifs, ça me laisse penser que ton public sait apprécier ton travail à sa juste valeur!

  4. Eh bien quel texte !

    J ai toujours aimé ce que tu faisais. dommage que ce milieu ne t apporte pas / plus….

    Personnellement, je continuerai de te suivre pour voir ton évolution !

  5. Je pense que l’on va encore plus se régaler avec cette nouvelle orientation ! Finalement cet univers t’a peut être plutôt contraint qu’autre chose. Libertééééée ! :)

    L’illustration c’est l’enfer.
    Moi je peux me permettre de dire non aux tarifs trop bas parce que je n’en vie et que j’ai un autre métier. Mais mais je comprends qu’à un moment on prenne ce que l’on peut, pour un peu de sous et un peu d’expérience… Mais ce n’est clairement pas la bonne solution.

    Bref je crois en toi. Au plaisir de voir la suite…

    Et puis quand même y’a bien eu quelques belles rencontres avec les blog, hein ? ;)

    • Disons que voilà, quand on débute, qu’on a besoin de se faire connaître, d’avoir la satisfaction d’avoir gagné quelques piécettes, je comprends qu’on puisse être tenté de pratiquer le low-cost, je l’ai moi-même fait.
      Mais ce genre de pratique est une plaie pour tout le corps de métier artistique, cela décrédibilise et assassine à petit feu tous les artistes/auteurs, qui, sous prétexte que la plupart des débutants (« qui n’attendent que de prendre votre place! ») cassent les prix, se voient refuser des tarifs parfaitement normaux.

      Mais oui oui oui pour le dernier point, de bien belles rencontres ;)

  6. Il y aurait tellement de choses à dire de tout cela (notamment le fait que je regrette de n’avoir pas pris le temps de commander mon dessin, il serait collector maintenant ;)), que je devrais me contenter de te dire « bon courage ». Mais je vais aussi te dire « haut les coeurs », car je suis sûre que ton univers dark sans bébés, je vais encore plus aimer ;-P
    Ps : par ailleurs, s’il y a un manque à gagner pour toi, je suis quand même surprise que tu n’aies pas voulu te battre sur le terrain du droit d’auteur. Mais tu as sûrement dû peser la question. Good luck Lou Pine

    • Les droits d’auteur, c’est une misère sans nom.
      Parce que déjà quand le plagiat est évident (même pose, copier/coller d’un élément…) c’est très difficile d’obtenir justice, mais alors en plus quand c’est « simplement » de l’inspiration plus que poussée, cela devient quasi impossible.
      D’autant que me battre pour ça ne serait bénéfique qu’à ma conscience, au final. Face à ce genre de comportement, ce sera à celui qui a la plus mauvaise foi, et l’autre s’écrasera.

      Bien sûr j’ai eu envie de faire éclater cette histoire, preuves datées à l’appui, mais à quoi bon? Ce serait lui donner plus d’importance que celle méritée.

      Je rebondirai, voilà tout ;) (tout en gardant les yeux bien ouverts)

      • Tu as dit que tu ne voulais pas de noms, d’insinuations. Je pense savoir très bien de qui il s’agit car la juriste en PI en moi avait tiqué. Rien que sur le terrain du droit commun (concurrence déloyale), je trouve qu’il y aurait à faire… Encore une fois, je comprends ta dissonance cognitive entre la résilience et la vengeance, mais tt de même, mon esprit de justice est malmené. Je continue à observer ton univers !

  7. Oh, je suis vraiment désolée… Pas désolée que tu changes de voie, j’ai d’ailleurs hâte de voir tes nouvelles illustrations :) Mais désolée que tu te sois fait voler ton travail et tes idées. Je comprends que cela t’ait démolie. Et en même temps, c’est peut-être pour la bonne cause, si tu te retournes à nouveau vers un style qui était vraiment le tien depuis le début?

    Je te souhaite bien sûr de réussir dans ce milieu en faisant ce que tu aimes !

    • Oui, je dois dire qu’avec le recul, finalement cette personne m’a permis de me défaire d’un fardeau… Même si j’aurai préféré que ça se passe autrement.
      Mais la vie (et les gens) est une pute, et il faut bien faire avec!

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