Changer, encore.

A l’aube du dernier récapitulatif du INKtober 2o15, j’écris aujourd’hui pour vous faire une petite annonce. En fait, une grosse, pour moi. Dans quelques jours, je changerai de pseudo. Parce que depuis quelques mois, je ne me sens plus « Lou … Lire la suite

Graphite, mon amour.

Depuis longtemps, je me bats contre mon incapacité à réaliser ce que je veux, ce que j’ai en tête, toutes ces choses que je désire plus que tout mais qui semblent être bien en sécurité derrière un mur invisible, hors de ma portée.
Je voudrais faire des décors. Je voudrais faire des compositions fournies, techniquement parfaites, ajouter des détails à n’en plus finir, captiver l’oeil de celui qui regardera mon travail pendant des heures.
Je vise haut, très haut, et ne parviens jamais à être satisfaite (et pour cause, quand on voit ce que j’ai accompli jusqu’à présent…). J’essaie d’apprendre, je me heurte à mes limites, j’essaie de les repousser, toujours. Ma progression ne se fait pas aussi vite que je le voudrais, je peste, j’abandonne. Puis je reprends, j’essaie d’autres choses, je ne trouve toujours pas ce dans quoi je veux évoluer,  là où je poserai enfin mes bagages et laisserai mon crayon voguer au gré de mon imagination.

Mais mon imagination, elle est brimée. J’essaie de défaire ses chaînes, mais sans succès. Elle reste, comme moi, prisonnière d’entraves invisibles que j’ai posé moi-même et qui me semblent pour l’instant indestructibles.
Parfois, je rêve qu’on me perce le crâne, un tout petit trou, avec un tout petit clou, et que tout cet univers qui m’accompagne et s’enrichit depuis toutes ces années en sort, libéré, dans un flot ininterrompu de squelettes dansants, de monstres difformes, de souffrance, de femmes séduisantes, de folie, de mises en scène oppressantes, de créatures improbables et dérangeantes, qui tourbillonnent autour de moi, m’étouffant, et disparaissant dès que j’essaie de les apercevoir plus distinctement.

La technique, elle aussi, me fait défaut.
Mon père m’a un jour dit : « Tu as toujours voulu tout, tout de suite. Quand tu découvres une technique, tu t’y essaies, tu réussis pas trop mal, mais avant d’arriver à la maîtriser, tu abandonnes et tu en essaies une autre. »
Il ne pouvait pas être plus juste dans son analyse, même si sur le moment, j’ai été vexée, blessée, honteuse d’entendre ça. Quelques années plus tard, je comprends qu’il a toujours eu raison à ce propos. Si je l’avais écouté, et que j’avais tenté ma chance pour entrer aux Beaux-Arts, j’aurai certainement eu un parcours différent, encadrée dans mes découvertes techniques, conseillée, rectifiée dans mes erreurs.
Mais non, j’étais fière (de quoi?), décidée à ne pas apprendre le dessin, à ne même surtout pas en faire mon métier, moi qui, à l’époque, ne faisais que cela de mes journées (remettons-nous dans le contexte, j’étais au lycée, et n’ai jamais rien foutu à l’école jusque 2 jours avant le bac).
Je ne réalisais pas à quel point, plus tard, j’allais me heurter à mes propres limites, et regretter alors d’avoir choisi de ne pas suivre les conseils de mon père, qui a toujours été mon meilleur soutien (mais ça, aussi, hors de question de l’admettre!).

Alors j’ai essayé, plein de choses.
Le graphite (crayon de papier), c’était bien quand j’avais 15 ans, et pour tout matériel un crayon HB piqué dans un hôtel et des feuilles d’imprimante subtilisées dans la réserve familiale. Allez, pour les croquis, aussi, à la limite.
La gouache, berk (réaction parfaitement puérile et bornée). J’étais bloquée sur les pastilles ou les sets de 5 tubes pour enfants, de très mauvaise qualité, et c’est ainsi que j’ai fait mes derniers essais, avec des teintes de peau dignes du plus rose des PQ, et de la matière qui s’étend très mal. Je n’aurai jamais imaginé qu’on puisse faire de belles choses avec (et je suis encore incrédule quand je vois le travail de certains artistes à la gouache).
L’acrylique, ça, je l’ai gardé longtemps. D’abord sur papier, puis sur textiles et enfin sur toiles, j’aime assez, ça sèche vite, se mélange bien, permet de beaux dégradés et des détails ultra-fins pour peu qu’on s’en donne la peine. Mais je ne sais pas pourquoi, un jour j’ai rangé mes tubes, pour ne plus les ressortir.
L’aquarelle, ça n’a jamais trop été mon truc. Je n’ai du coup pas assez essayé pour savoir si ça ne me plaisait vraiment pas.
Le fusain, trop salissant, j’en foutais partout, j’ai tout de suite été découragée. Idem pour les crayons-craies (ma belle collection d’ocres, de terre-de-sienne, de rouges briques…), aucun résultat immédiat, j’ai vite abandonné.
Le pastel gras, no way. Pour moi, c’était réservé aux premiers coloriages d’enfants, impossible de faire quelque chose de convenable avec (cf. paragraphe sur la gouache et mes avis puérils et bornés).
Le pastel sec, c’est sympa, mais ça demanderait trop de pratique pour que j’arrive à voir si je peux en faire quelque chose. Retour à la case départ, abandon.
L’encre, ça j’aime bien. J’ai vraiment découvert le potentiel de l’encre lors du challenge INKtober 2o14, d’abord avec le dessin « au trait », puis le dotwork. Le dotwork, je l’aime d’amour, et j’ai cru pendant quelques mois que j’avais enfin trouvé le style que j’allais m’approprier définitivement. C’était sans compter sur mon éternelle insatisfaction.
Le crayon de couleur, ça aussi j’aime beaucoup. Je jongle encore pas mal entre ça et d’autres techniques, je n’en suis pas encore dégoûtée et espère ne jamais en arriver là.
La peinture à l’huile, ça j’adorerais m’y mettre, mais ça me semble impossible sans quelqu’un pour m’aiguiller sur les bases (peut-être, un jour, quand je serai dans une bonne phase d’estime personnelle, j’essaierai). J’ai 2 ou 3 toiles à l’huile commencées, abandonnées très vite.
Le numérique… non, j’ai essayé, vraiment. De tout mon coeur. Mais je ne maîtrise pas assez les bases du dessin pour me permettre d’errer dans la recherche de techniques numériques. Je me suis longtemps acharnée là-dessus, à essayer tout plein de choses différentes (le « clickbait » humoristique, la plus grosse blague que j’aie pu faire, jamais je n’aurai dû, mais aussi simplement des illustrations classiques), avant de réaliser que non, continuer ainsi n’était pas du tout possible. Qu’il fallait d’abord que je me perfectionne avant d’essayer plusieurs choses en même temps.

Alors il me restait quoi?
Et pourquoi je n’essaierai pas de maîtriser à nouveau mon simple crayon à papier? Après tout, j’ai pas mal de crayons de dureté différentes qui traînent dans mes tiroirs, et c’est quand même le seul truc que je pratique toujours depuis toutes ces années.
J’ai commencé à dessiner, comme tout le monde, avec un simple crayon à papier, et très vite, j’ai voulu tester les limites de ce simple crayon, et travailler les ombrages.

J’ai retrouvé quelques vieilleries (entre 2oo1 et 2oo4, avant que je n’attaque des études qui m’intéressaient, et me consacre entièrement à elles), des copies pures et simples d’oeuvres, de photos. Aucune créativité, simplement de la recherche technique et anatomique. Apprendre en copiant, c’est ce que j’ai toujours fait, que ce soit en dessin ou dans mes études. Je ne m’en vanterai pas spécialement, mais je crois qu’on est tous passés par là, et moi particulièrement.
D’abord je copiais, je gardais ça précieusement caché dans mes chemises cartonnées, puis, des années après, forte de l’apprentissage qui a découlé de toutes ces copies, j’ai commencé à essayer de créer, complètement.

Par exemple, voilà ce qui reste encore dans mon vieux carton à dessins si vieux et usé que les élastiques ne tiennent plus rien en place :

Ma première copie d'une illustration de Luis Royo, 2oo3.

Ma première copie d’une oeuvre de Luis Royo, 2oo3.

Copie d'une illustration de Luis Royo, encore, avec des éléments "créés" pour l'accorder à une chanson du groupe Dolly. 2oo4.

Copie d’une illustration de Luis Royo, encore, avec des éléments « créés » pour l’accorder à une chanson du groupe Dolly. 2oo4 (notez le changement de pseudo)

Ici, je commençais à ajouter des éléments personnels à des copies. Copie d'une illustration de Luis Royo, et vu le pseudo que j'utilisais à l'époque, ça date de 2oo2 ou 2oo3)

Ici, je commençais à ajouter des éléments personnels à mes copies.
Copie d’une illustration de Luis Royo, 2oo3)

Copie de photo, sur le best-of d'Indochine "Unita" (ouais ouais j'étais fan, j'avais 15 ans hein)

Copie de photo, sur le best-of d’Indochine « Unita » (ouais ouais j’étais fan, j’avais 15 ans hein). 2oo2 ou 2oo3.

Un vieux portrait qui se voulait réaliste, 2oo4.

Un vieux portrait qui se voulait réaliste, 2oo4.

Bon, ça reste des trucs assez moches, acceptables pour un  niveau amateur d’une ado-post-ado entre 15 et 18 ans, mais clairement pas de quoi aller plus loin.

Sauf que finalement, ça reste la technique sur laquelle je galérais le moins.
Et puis, en ce moment je suis dans une phase où je me dis que je n’arriverai jamais à atteindre mes objectifs artistiques, à faire de jolis décors, des compos fournies, des illustrations « finies ».
J’espérais bosser à fond de fond pendant que mon fils serait chez mes parents,  et sortir des vacances épuisée mais avec de grosses améliorations, et en bonus toute une pile de dessins à exposer fièrement, à vendre et promouvoir.
Epuisée, je le suis, ça c’est bon. Mais j’ai passé plus de temps à me morfondre, me demander ce qui ne tourne pas rond chez moi, à dessiner, puis déchirer les feuilles, à envoyer voler mes carnets, pleurer, beaucoup, regretter toutes ces mauvaises décisions, me maudire pour mon manque d’assiduité et mon incompétence, chercher à rejeter la faute sur les autres avant d’admettre à nouveau que j’étais la seule responsable de mes échecs.
Ouais, c’est pas super funky ces temps-ci, comme souvent, finalement. Mais je n’avais pas eu l’occasion de me centrer sur ma petite personne défaillante depuis un an (disons que quand mon fils est là, je ne m’autorise pas ce genre de pensées, sinon je passe 3 jours prostrée dans mon coin en grosse larve dépressive, et je considère que ce n’est pas spécialement sain que mon fils me voie comme ça).
Là, même si je n’aurai pas été productive, j’aurai au moins pris le temps de réfléchir, de penser à tout ça. Et de commencer à prendre des décisions quant à l’avenir, même si pour l’instant je n’ai rien fixé.
Et d’écrire un roman sur mes états d’âme, sur mon blog, juste parce que j’avais envie d’écrire, d’essayer de faire comprendre à ceux qui auront la motivation de tout lire pourquoi et comment j’en suis arrivée là.

Donc, je crois que je vais à présent réessayer le graphite, parce qu’après avoir fait un petit test rapide, j’ai réalisé que c’était quelque chose que j’aimais bien, pas trop chronophage, efficace visuellement, et sur quoi je pourrai, dans un premier temps, lâcher prise sur mon obsession des décors que je n’arrive pas à réaliser, pour les améliorer plus tard, petit à petit.

Voilà le test en question, ‘Molly’ (format A5, graphite et encre) :

(les plus attentifs auront remarqué que j'ai utilisé une de mes Queens of Souls comme base)

(les plus attentifs auront remarqué que j’ai utilisé une de mes Queens of Souls comme base)

Voilà, c’était mon roman du jour.
J’aimerai avoir plus de temps pour en écrire plus régulièrement, je crois que le fait de ne plus parler à personne ou presque me manque (un tout petit peu).
Mettre des mots sur mon ressenti par rapport à mon ‘art’ me fait du bien, même si ça ne dure pas.

 

Résultats du concours et vente d’originaux

Bonjour à tous!

Le concours dont je vous parlais dans l’article précédent est à présent terminé, les votes étaient très serrés entre Alice et Umbrelleaf, mais c’est Umbrelleaf qui a remporté les suffrages.

Elle sera donc refaite en version numérique couleurs, et tirée à 25 exemplaires au format A3, que vous pourrez retrouver dans ma boutique Etsy dès qu’ils seront disponibles.

C’est Céline Mandin qui a été tirée au sort par la main délicate, innocente et potelée de Progéniture (vous pouvez voir les photos sur ma page Facebook ;) ), elle remporte donc son exemplaire signé de l’illustration numérique. Bravo à elle!

 

 

 

Mais aujourd’hui est également le jour où je mets en ligne mon album du INKtober 2o14, un beau livre numérique créé par mon GrauLoup.
Chaque illustration est disponible à la vente, donc si vous avez craqué sur une pièce en particulier, c’est le moment de vous l’offrir ;)

C’est par ici : loupine.ink (non mais voilà quoi, si on commence à mettre des noms de domaine pareils, ça donne envie de se faire des sites, non?)

 

Je vous quitte avec un petit coucou passé depuis mon nouvel atelier (encore en cours de déballage et sans aucune déco sinon des cadres accrochés à la va-vite sur les clous déjà présents…) :
atelier01

Arrêter, pour mieux redémarrer.

Bonjour à tous,

C’est un article un peu spécial que j’écris aujourd’hui, sans images, mais important pour moi.

Si vous me suivez sur Facebook, Instagram ou Twitter, vous aurez remarqué que j’ai laissé de côté ces derniers temps mes illustrations « type blog », aux formes simples et contours noirs, et plus particulièrement mes illustrations de portage.
Si vous m’avez contactée récemment pour que je vous fasse votre portrait de famille, vous avez eu une réponse négative de ma part.

Vous vous êtes demandés pourquoi, parfois avec violence et indignation (non, Madame, ce n’est pas par élitisme que j’ai décidé de ne plus travailler pour des particuliers, bien que ce soit visiblement difficile à comprendre).

Alors je me devais d’expliquer les raisons de ma nouvelle orientation professionnelle.

Lorsque j’ai débuté ma carrière d’illustratrice, je voulais illustrer des livres pour enfants, des sites jeunesse, et, sur mon temps libre, faire mes artworks plus darks, plus personnels.
J’étais en pleine recherche graphique (et encore maintenant, mais j’ai des années de recul à présent), j’allais avoir un enfant, je ne décollais pas et avais un réel besoin financier. J’ai donc glissé peu à peu vers un milieu que je pensais pas si éloigné de l’illustration jeunesse : celui du maternage.
Portage, allaitement, vie quotidienne avec un bébé, c’était facile, c’était ça ma vie, j’allais pouvoir me faire connaître.
Ce qui s’est effectivement passé, tout doucement, à travers mes blogs, mes pages Facebook, je me suis petit à petit fait un (petit) nom. J’ai évolué, je suis passée de mes bonhommes bâtons inexpressifs aux énormes têtes rondes et yeux exorbités à quelque chose de plus réaliste, j’ai amélioré mes traits, ma vision anatomique, mes techniques de colorisation.
Chaque illustration était un nouveau test, et un pas de plus vers quelque chose de stable, d’efficace, d’original.

Mais ce que je ne savais pas, c’était que ce milieu, de blogueuses, de mamans, de défenseurs des bons principes, n’était pas aussi pur qu’il me semblait être. Bien sûr, je savais bien qu’existaient les gué-guerres entre les blogueuses, et justement j’avais décidé de ne pas y prendre part, simplement d’essayer de faire uniquement ce qui me plaisait, à moi. C’était essentiellement des illustrations de portage, car c’était ce que je maîtrisais le mieux, qu’on m’avait fait confiance professionnellement (SurMonVentre, Zoli, JPMBB… pour ne citer qu’eux).
Derrière, des personnes peu consciencieuses observaient mes illustrations d’un autre oeil.
Et petit à petit, j’ai vu émerger chez d’autres des éléments étrangement similaires à ceux issus de mon travail, qui suivaient la ligne de mon évolution.
Je ne cherche pas à polémiquer, ou à créer un lynchage, aussi je ne dévoilerai aucun nom, aucune image, aucun lien (et modifierai/supprimerai les commentaires tendancieux, je ne veux pas de scandale ici). Cette personne a été contactée, a nié, c’est une affaire qui restera entre nous. Pourquoi? Parce que c’est « la loi du plus fort » : quelqu’un de peu connu ne peut, même avec des preuves visuelles à l’appui, rivaliser avec un plagieur sans scrupules qui, par on ne sait quel tour de force, s’est retrouvé « célèbre ».  La notoriété autoriserait donc les gens à se servir dans le travail des autres, sans que ces derniers aient leur mot à dire. C’est le retour de flamme de l’exposition sur Internet : certains se servent sur la toile comme dans le frigo de leurs parents, et viendront même presque vous dire que c’est de votre faute s’ils vous ont plagié.

Cette histoire m’a démolie.
J’avais travaillé presque 3 ans d’arrache-pied à me construire une identité visuelle et à essayer de m’ancrer dans ce milieu, à démarcher, à essuyer des refus de toutes sortes, essentiellement basés sur l’argument infaillible : « c’est trop cher », ou, mon préféré : « on ne va pas payer pour un dessin, non mais! ».
Et tout cela pour quoi? Pour que quelqu’un passe systématiquement derrière mes efforts et fasse son petit marché dans les résultats de mon travail?

Cette histoire m’a ouvert les yeux.
J’ai réalisé qu’après tout, si ce n’était pas cette personne, cela en aurait été une autre. Qui, sous couvert des mêmes arguments (« tu n’as rien inventé », « c’est le même milieu, c’est normal que ça se ressemble »), viendrait se servir librement, alors que je galèrerai toujours autant.
J’ai également réalisé que si je continuais à poursuivre ce type de clientèle, j’essuierai toujours les mêmes refus concernant les tarifs.
Pourquoi? Parce que trop d’illustrateurs (bon, essentiellement des nanas) pratiquent le low-cost. J’en ai fait partie, moi aussi, j’ai fait cette erreur. Essayer de me vendre à bas prix, « parce que même une petite somme, c’est toujours ça sur le compte en banque! », et que « de toute façon, avec un tarif normal personne ne veut m’acheter mes dessins, alors je vais baisser les prix ».
Au final, même un portrait à 10e qui me prenait plus de 4h à réaliser était encore considéré comme trop cher. Oui, oui, même à 2,5e de l’heure, je n’arrivais pas à être suffisamment attractive. Alors que d’autres pratiquaient des tarifs bien plus élevés, pour, au vu de l’identité graphique, certainement bien moins de temps de travail, et ne cessaient de publier des résultats de commandes.
J’ai essayé de comprendre, j’ai râlé, j’ai été découragée, je les ai maudis : mais pourquoi eux, et pas moi?

Et c’est là, que j’ai compris.
Que mon style, que MES styles, ne convenaient pas à ce public.
Que je n’étais pas faite pour les dessins de maman, pour les portraits de famille.
Après tout, j’avais choisi ce milieu par facilité, mais pas réellement par choix ou par goût. Je m’étais convaincue que c’était ce qu’il me fallait, mais j’avais enfilé mes oeillères et m’étais baignée d’illusions.
J’ai compris qu’il était temps de changer, d’arrêter de m’acharner à me développer dans un milieu où je ne serai jamais à ma place.
J’ai choisi de limiter donc ce type de réalisations à mon propre blog et à mes clients professionnels. Pour pouvoir, sur mon temps « libre » (entre deux prestations client), me consacrer à développer mes techniques plus personnelles, mes couleurs, mes pastels, mes graphites.
Me consacrer à nouveau à mes illustrations pas vraiment mignonnes, et à mes projets de livres pour enfants.
Ne plus les laisser de côté sous prétexte qu’elles ne me rapporteront rien, et qu’il faut que je privilégie mon activité principale.
J’ai passé tellement de temps à essayer de travailler, de me faire connaître, pour si peu de retours (financiers ou publicitaires), qu’honnêtement, arrêter les prestations pour les particuliers ne changera quasiment rien.
Autant que je consacre ce temps et cette énergie à me développer moi-même, plutôt que l’image que j’aurai souhaité avoir.

Je suis bien consciente que ce changement ne plaira certainement pas à mon public actuel, touché essentiellement par mes dessins plus abordables, mes portraits de famille et mes illustrations de portage.
A vous qui serez déçus et arrêterez de me suivre, sachez que je suis désolée. Désolée de ne pas être celle que vous pensiez apprécier, désolée de changer de milieu et d’univers.
Je ne veux plus me demander à chaque illustration postée quels éléments seront intégrés dans les dessins d’autres personnes 2 semaines après.
Je ne suis plus à l’aise dans ce milieu pourtant censé être bienveillant. Je n’ai jamais été et ne serai jamais à ma place de ce côté-là.

A tous ceux qui m’ont un jour passé commande pour vos portraits de famille, j’espère que vous ne prendrez pas mal cet article. Je ne vous dénigre pas, au contraire, ce serait insensé de cracher sur le peu de personnes qui m’ont donné du travail à un moment donné.

Je refuse à présent de pratiquer le low-cost, car cela tue mon métier. Tirer les tarifs vers le bas, c’est non seulement ne pas avoir de revenus décents, mais c’est également mettre des bâtons dans les roues à tous les illustrateurs qui auront la pression de « s’aligner » sur des tarifs dérisoires.
J’ai honte de l’avoir pratiqué, avant d’avoir conscience de ce que cela impliquait réellement.
Je choisis à présent ne pas travailler pour 3€/h , et passer ce temps à améliorer mes techniques de travail, à rechercher, à avancer.
Ne plus stagner, aller de l’avant.

A force de trop tirer sur la corde, elle a cassé, et m’a permis de sortir du confinement dans lequel je m’étais moi-même placée.

A tous ceux qui arrêteront de me suivre : merci de m’avoir accompagnée jusqu’à présent.
Et à ceux qui resteront, par curiosité, par goût, par soutien : see you soon!